Imprimer les messages du sujet "Viré sans pouvoir quitter son poste !"


Imprimer cette page Fermer cette fenêtre

Posté le 01/07/2026 à 00h32 par CaptFracass

Je rappelle que ce post est publié dans la rubrique papotage divers, qui ne concerne pas le slot et que je m'adresse qu'à mes potes et ceux qui apprécient ce genre de contenu.

Je viens d'être viré sans préavis. En fait tout l'équipage vient d'être viré sans préavis et sans motif à charge. Mais plus fou encore, nous ne sommes pas privés d'emploi et devons rester en poste.

Je suppose qu'il n'y a que dans le yachting que l'on voit ce genre de situation. Il va donc falloir que je vous explique…

Il y a deux semaines, notre autorisation de naviguer nous a été retirée au motif que le navire n'était plus en état d'assurer sa sécurité. Les raisons majeures : des portes supposées étanches qui laissent passer l'eau, une alarme incendie qui fonctionne sur toutes les sections du navire, sauf en salle des machines. En même temps, entre les batteries, les deux moteurs, les deux groupes électrogènes, le désalinisateur, les groupes de clim, le tableau électrique de quatre mètres de large avec trois tensions différentes ou le transformateur d'isolement, pas de raisons de craindre un incendie ; n'est-ce pas ?
Comble du comble, si le feu devait se déclencher dans cette salle des machines, le système isolant le carburant est défaillant. Tout ça pour dire, que l'expert venu évaluer le yacht n'a pas vraiment fait de zèle en nous retirant le certificat de conformité.
Pour finir, plus de certificat de navigation implique plus de charters. Et plus de charter veut dire plus d'entrée d'argent. La solution serait de réparer, mais le coût des réparations dépasse les 50K €. Les armateurs, à court d'argent et de foi dans leur projet de compagnie d'armement (je ne parle pas de marchand d'armes, bande de terriens, c'est le terme pour une Sté exploitant des navires) ont décidé de jeter l'éponge.
Plus de charters, avec le coût mensuel d'un yacht (60k€ environ), c'est la banqueroute assurée en moins d'un mois et c'est là que Louiza entre dans la danse.
Louiza c'est la compagnie de manning ; pour les néophytes, je dois expliquer que les Sté de manning sont des intermédiaires courants dans le milieu maritime. Elles sont chargées de recruter, de contracter, de payer et de gérer les équipages. Ce sont des sous-traitances de DRH. C'est aussi l'un des nombreux parasites du système maritime.
Lors de cette fin de mois, mes armateurs ont transféré le montant des salaires à Louiza en précisant que ne pouvant plus soutenir financièrement la masse salariale du Shooting Star, ils demandaient à Louiza de licencier la totalité de l'équipage à l'exception du capitaine, que la loi oblige à conserver à bord. Louiza en retour a demandé aux armateurs de verser une provision de 40€ comprenant pour chaque membre d'équipage, le montant de ses indemnités. La réponse des armateurs étant : - Nous n'avons pas cette somme en notre possession, Louiza a sur-le-champ mis un terme à sa collaboration avec notre compagnie Deep Sea Yachts. Conséquence immédiate de cette rupture, ils ne veulent plus gérer l'équipage et annulent donc nos contrats le jour même, laissant à nos armateurs le soin de nous faire de nouveaux contrats. Inutile de vous préciser que nous avançons là dans un domaine hors de toute légalité. En attendant, nous voilà en poste mais licenciés, face à un avenir incertain, à bord d'un yacht qui, vraisemblablement, ne va plus acquitter ses factures d'eau, d'électricité, de place de port et d'autres frais courants.

La suite promet d'être folklorique !

Posté le 01/07/2026 à 00h51 par gilou-971

Salut Alain, je trouve qu'il faudrait nous raconter de belles histoires plutôt que des galères.
Je me permets de proposer cette histoire que tu m'as, peut-être, racontée un soir de beuverie (bon il boit pas Alain, mais c'est pas grave, moi je bois!).

"Je m'appelle Alain, et depuis plus de quinze ans je commande des yachts sur les plus belles mers du monde.
J'ai vu des couchers de soleil que je n'oublierai jamais, des eaux plus bleues que le ciel, et des passagers de toutes sortes.

Mais il y a des sorties en mer qui restent un peu plus longtemps dans la mémoire.
Celle avec la famille XXX en fait partie.

Monsieur XXX était un homme connu dans le monde entier.
Un milliardaire, propriétaire de plusieurs entreprises, un homme dont le nom apparaissait souvent dans les journaux.
Pourtant, dès qu'il a posé le pied sur le pont de mon yacht, j'ai surtout vu un père heureux de passer quelques jours avec les siens.

Il m'a serré la main en souriant et m'a dit :
« Capitaine, aujourd'hui, je ne veux pas parler d'affaires. Aujourd'hui, je veux juste profiter de la mer. »

Et c'est exactement ce que nous avons fait.

Nous avons quitté le port doucement, tandis que les amarres disparaissaient derrière nous et que le yacht glissait sur une eau calme comme un miroir.
Ses enfants couraient sur le pont, sa femme riait en regardant les dauphins qui nous accompagnaient au loin.

À midi, nous avons jeté l'ancre dans une petite crique cachée, loin du bruit et du monde.
Tout le monde s'est baigné dans une eau transparente, et pendant quelques heures, cette famille semblait être simplement une famille comme les autres.

L'après-midi, nous avons repris la mer vers une petite île que j'aime particulièrement.
Un endroit discret, avec des ruelles pleines de fleurs, des maisons blanches et quelques restaurants au bord de l'eau.

Nous avons dîné face au coucher du soleil.
Des poissons fraîchement pêchés, des produits locaux, des desserts préparés avec passion.
Le genre de repas où personne ne regarde l'heure.

Monsieur XXX a levé son verre et a dit :
« Vous savez, capitaine, on peut acheter beaucoup de choses dans la vie… mais pas ces moments-là. »

Cette phrase m'est restée.

Le lendemain matin, alors que nous repartions, la mer était parfaitement calme.
Le yacht avançait lentement, laissant derrière lui une longue trace blanche dans l'eau.

Je regardais cette famille profiter du voyage, rire, discuter, prendre des photos.
Et je me suis dit que finalement, le plus grand luxe n'était peut-être pas un bateau magnifique ou une île paradisiaque.

Le vrai luxe, c'était d'avoir le temps.
Le temps de regarder la mer, de partager un repas, de rire avec ceux qu'on aime.

Quand nous sommes revenus au port, Monsieur XX m'a remercié comme si je lui avais offert un cadeau.
Mais au fond, c'était moi qui avais reçu quelque chose.

Car certaines traversées ne transportent pas seulement des passagers.
Elles transportent des souvenirs que l'on garde toute une vie."

Plus les choses changent plus elles restent les mêmes

Posté le 01/07/2026 à 08h06 par J89

Bonjour Alain,
Décidément, ta vie n'est pas un long fleuve tranquille...

L'esprit,c'est comme un parachute, cela fonctionne mieux quand c'est ouvert.

Posté le 01/07/2026 à 10h03 par Ric

Salut à tous et toutes

Alain comme l'a écrit J89 tu n'as pas une vie facile, avec pleines de rebondissements divers et variés, mais c'est cela qui la pimente un peu, voire beaucoup parfois.
Et puis Gilou, nous narre un joli conte, avec en toile de fond des paysages magnifiques pour l'escale, une mer d'huile et une famille au complet qui passe d'agréables moments.
En conclusion que tu sois milliardaire en famille ou capitaine de yacht, tous ces moments avec tous les tracas, cela fera des magnifiques souvenirs à raconter ou pas.
Le principal c'est de les avoir vécu, car pour beaucoup de gens la vie est un long chemin ou il ne se passe jamais rien, ou ils ne savent pas profiter pleinement de ces moments qui redonne du sens à leur vie.
Bonne journée à vous tous

Posté le 01/07/2026 à 10h14 par aldac

@ Alain, alias CaptFracass:
Eh bien, bon courage et beaucoup de patience pour la suite, car j'imagine qu'il va vous en falloir à toi et aux membres de l'équipage !

@ gilou-971:
Narration joliment tournée et histoire vécue fort sympathique en effet.
Merci de l'avoir republiée à l'occasion de cette navrante situation pour ce malheureux capitaine et ses ouailles.

Posté le 01/07/2026 à 12h38 par CaptFracass

A mes chers amis,

Tout d'abord, je ne sais pas qui est cet Alain, qui ne bois pas. Moi, je suis le Capitain Fracass, Jack Frackass, je bois je pête je suis barbu et redoutable. Na!
Ensuite mon cher Gillou, ton comte de fée m'a vendu du rêve et pour être honnête une bonne partie est vraie :

J'ai en effet eu des armateurs bien éduqués et sympathiques, comme un certain Kaïs avec lequel je dinais au restaurant tous les soirs en refaisant le monde. Un homme aimable et cultivé qui trouvait ma présence indispensable à table, parce que sa jolie compagne n'avait pas deconversation.
Il m'a viré sans ménagement parceque je refusais d'amener son voilier de course à Cuba. Les gréments dormants en Rod étant trop fatigués pour tenir le coup lors d'une telle traversée et la suite m'a donné raison.

J'ai souvenir de la Famille .... dont le papa italien, que tout le monde nommait "Doctore", alors qu'il n'était pas docteur. C'était un homme charmant. Sa fille ainnée, en 2026 à remporté la course d'ouverture de la saison de F4 à SPA. Avec elle, nous étions allés faire du Kart, lors de notre escale à Cannes. Cette famille correspondait parfaitement à la description de Gillou.

J'ai le souvenir d'une incroyable traversée avec Mr Kamel Had.... un amarteur Egyptien qui voulait que je livre à Alguna en mer rouge, le Léopard qu'il venait d'acheter à Antibes,
Une croisière pleine de moments magiques, comme les passages dans les cannaux de Corinthe et de Suez. Ou encore, ces navigations de nuit à 42 noeuds dans le détroit de Messine et la baie d'Athène. - Non mes amis marins, je ne suis pas inconcient : nous étions trois à la veille en passerelle avec FLIR et Radar et nous étions en train de tenter de fuir une dépression.


Le passage dans la Canal de Corinthe.
J'aurais pu vous compter cette quinzaine de jours passés lors d'un remplacement, sur la passerelle du Castor un navire Océanographique, lors desquels nous testions des revêtements anti-sonnar, pour nos sous-marins Nucléaires. Oui, je suis aussi titulaire d'un brevet de marine marchande.


La partie cachée du Planet Solar, les batteires aux Lithium.

Comment ne pas me souvenir des moments incroyables passés en tant q'ingénieur à bord de Planète Solar, aux cotés de Gérard d'Abovil dont l'humour déapant nous as tout de suite réunis. Et que dire de la croisière en Coratie, lors de mon tout premier commandement...


Le poste de commandement.

Des dizaines et des centaines de bons souvenirs, c'est vrai !
Mais on ne parle jamais des trains qui arrvient à l'heure ; parceque ça n'intéresse personne.
Lorsque je vous compte mes aventures, je préfère vous détailler les péripéties les plus incongrues, c'est plus amusant et surtout ça démystifie la vision d'épinal que nous as vendu Gillou et qui reflète ce que la majorité des prophanes imaginent.

N'allez surtout pas croire que ces péripéties n'arrivent qu'à moi. La grande majorité des yachts de moins de 60 mètres, font face à des difficultés finacnières entraiant des situations tout aussi ubuesques. : Des capitaines qui débarquent après une semaine à bord, des navires coincés au port, des arrestations de yachts, des incendies et des naufrages, des actions en justice. Quasiment toutes les semaines, radio ponton (l'équivalent nautique du téléphone arabe) rapporte une nouvelle mésaventure.

Pour finir, si vous me demandez pourquoi je vous commente ces aventures ici, je vous répondrais que c'est parce que même à moi, qui navigue dans ce milieu depuis 15 ans, je continu à trouver tout celà sur réaliste et donc que ça mérite d'être raconté.